Les joies du train brisées

Me voici dans mon quatrième TGV en deux jours, bientôt le cinquième : 10H de trajets à 300km/h.

Exilé à la campagne depuis quelques temps, le TGV a cet avantage d’un trajet rapide, confortable occupé au choix par la sieste, une série TV, un livre (électronique) ou un travail à livrer. En 1H de temps, je passe du calme et de l’air frais du centre de la France à l’ambiance électrique et écrasante de la capitale. Pendant le même temps, d’autres n’auront parcouru que quelques kilomètres sur une autoroute aussi chargée que le maquillage de Lady Gaga au rythme d’un escargot sous Lexomill ou entassé dans une bétaillère rame de train de banlieue.

Mais, dès que les vacances approchent, je commence à redouter ces voyages hebdomadaires si souvent reposants. Crainte de retards qui ne sont jamais de la faute de la SNCF mais d’un voyageur imprudent, d’un prestataire de la société ferroviaire un peu trop lent, d’un conducteur de TGV qui n’a pas fini sa pause syndicale ou, pire, qui n’a pas trouvé le chemin de son bolide et doit faire appel à un collègue en RTT résidant à l’autre bout de l’Ile de France (véridique, ils osent même l’avouer au micro !).
Mais avec les vacances, arrivent aussi les hordes d’enfants excités de prendre un moyen de transport un peu exceptionnel, pressés de rejoindre un autre bout de famille à l’autre bout de la France et survoltés, lâchant la pression des dernières semaines d’école…

À peine installés dans les wagons de la première classe rendue accessible avec les billets Prem’s et autres inventions marketing pour voyageurs prévoyants, les parents cuvent leur semaine de boulot, affalés, amorphes sur leur siège moelleux à réglage aussi électrique que leur progéniture qui, à force de gigoter et de crier, n’a même pas l’occasion de goûter au confort des assises décorées par Christian Lacroix.

Ce matin, je n’échappe pas à cette règle implacable, en plein essor. Plus les années passent, plus je vieillis et deviens intolérant pire c’est.

Voilà 20 min que j’ai les membres du groupe Rammstein, sans la langue de Goethe, « installés » derrière moi et remontés comme jamais, prêts à en faire baver tout le compartiment. Les parents eux aussi sont au taquet : cachés sous un pull pour dormir et atténuer les cris et le tonnerre de battements de jambes et de mains. Et pas une claque pour fendre l’air et ramener le calme par une bonne humiliation en public. Bah oui, la claque, c’est interdit.

Et puis, pour nous autres, cachés derrières journaux, iPad, PC portables et assourdis par des lecteurs MP3 poussé au maximum, nos récriminations ne trouvent pour réponse que les rires moqueurs des enfants encouragés par les ronflements sourds de l’autorité parentale.

Dormir ? Impossible sauf à prendre les mêmes somnifères auto-administrés que leurs parents.
Regarder un film sur mon iPad ? À part un Chaplin ou The Artist, brillants par le silence rêvé de leurs dialogue, impensable.
Me reste le Kindle avec mes écouteurs intra-auriculaires (boules Quies à musique bien insuffisantes ce matin) enfoncés jusqu’au cerveau pour envisager un trajet « calme ».

En ultime d’alternative, il ne reste que le choix de se déclasser pour rejoindre les rangs serrés de la seconde ou d’élire domicile au bar à l’odeur du café-flotte et des croissants surgelés réchauffés au micro-ondes. À 100 euros le trajet, ça fait mal.

Après la pluie des cris viendra le beau temps.

Dans 4H, retour avec ma fille que je sais d’avance toute engagée à me raconter ses derniers jours d’école ou à explorer sa collection de jeux éducatifs sur son iPad entre deux aller-retour au bar pour la collation.

Vivement Marseille. Je ne le dirai pas deux fois.

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