Merci Steve

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Alors que j’approchais la dizaine, Papa a ramené un soir avec lui une bien étrange boîte. Un tout petit écran, une fente en face avant qui lui donnait un sourire en coin, une poignée derrière la tête et arborant une drôle de petite pomme multicolore. Le premier Mac à la maison. Un SE/30. Toujours là, parmi tant d’autres.

Mes premiers pas avec lui consistaient à lui faire avaler la disquette de « Vicky the Tortoise », une tortue un peu facétieuse que je promenais dans sa maison pour l’entendre dire : « Oh I just dropped the pot of jam », à chaque fois que j’ouvrais le placard du haut dans la cuisine.
Un des tout premiers logiciels éducatifs, pour apprendre l’anglais avec de jolis dessins en noir et blanc et de vrais sons. Exceptionnel.

Puis vint MON Mac. Un II Cx avec ses grandes cartes Nubus, ses toutes petites barrettes de mémoire et son écran A4 portrait atypique, en niveaux de gris. Mon jeu vidéo préféré était Aldus Superpaint, l’ancêtre de Photoshop et Illustrator. Tous les mois, je guettais les disquettes d’Univers Mac : 1,44 Mo remplis de plus de logiciels que ne l’ont été les CD-ROM du magazine quelques années plus tard.

Steve Jobs n’était à ce moment là encore pour moi que le « monsieur du magazine » tantôt assis sur un bureau avec un bras autour d’un Mac, tantôt debout devant une foule avec un écran sombre derrière lui.

La crise d’adolescence aidant, je n’avais plus d’yeux que pour le flambant neuf Windows 98. Première édition. Mon cadeau pour mon Bac S.

Mon Mac retenait la poussière pendant que Papa déballait, les yeux pétillants, le grand frère du SE/30 issu du retour de Steve aux commandes. Un iMac. Le premier. Pas le dernier.

Puis vinrent les virées Rue Montgallet où sont passés mes salaires d’étudiant, alimentant la course à la bidouille initiée par Arnaud.
Nous ne cessions jamais de lorgner sur les beaux Mac que nos Papas ramenaient régulièrement en remplacement d’un ancien, conservé religieusement.

A force de passer plus de temps à installer de l’électronique et des pilotes téléchargés en échange d’une interruption de la ligne téléphonique familiale, nous nous sommes essoufflés.

« Et si les usages vantés sur scène par le grand monsieur aux petites lunettes n’étaient pas plus importants que les séries de chiffres abscons que nous comparions à la pause café avec nos collègues ? »

La pomme est revenue dans ma chambre il y a presque 10 ans, sous la forme d’un PowerMac G4 accompagné d’un rigolo petit boîtier blanc au dos en métal brillant. On aurait dit la Game Boy que je n’ai jamais eue mais avec sa molette ronde qui tournait à toute vitesse en émettant un cliquetis étrange pour s’arrêter sur le MP3 de mon choix. Arnaud a suivi, un peu plus tard.

Depuis, mes PowerMac et PowerBook ont perdu leur « Power » tout en gagnant en puissance, mon premier iPod s’est entouré d’une grande famille et ma fidélité à Nokia s’est arrêtée quelques jours après la naissance de Nell, avec cet iPhone que mes doigts effleurent des milliers de fois chaque jour. Le 4S sera mon huitième.

Croisé à plusieurs reprises lors des Apple Expo, pendant qu’Emmanuel faisait le pitre sur scène, Steve passait en revue chaque détail de la mise en scène et du staff dont je faisais partie. Redouté. Adulé. Perfectionniste. Amoureux de son travail.

Chaque keynote était un événement immanquable pour lequel je quittais le bureau plus tôt ou annulais mes rendez-vous. Et les rares fois où il était impossible de voir et d’entendre Steve, je ne lâchais pas la page de Macbidouille tant que je n’avais pas raconté à ma femme tout ce que le « grand chef » avait dit.

Aujourd’hui, je peux travailler partout, me promener avec ma musique plein les oreilles et voir Nell qui habite à 1000km grâce à l’extraordinaire vision de l’informatique de Steve : multicolore, comme l’était cette petite pomme que j’ai croisée il y a plus de 20 ans.

J’ai maintenant une maison et un bureau « pommés » dans la campagne.

Great job, Mr Steve. Merci.
Et merci Papa, né aussi un 24 février.

Envoyé de mon iPad

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